La famille de 4 personnes qui ne produit qu’un litre de déchets par année

Pully (Lausanne) – Jeudi 3 décembre 2015, la conférence très attendue de Béa Johnson. Véritable porte-parole mondial du mode de vie zéro déchet, la française établie à San Francisco y a évoqué son mode de vie minimaliste, sa famille et le bien-être que le zéro déchet a apporté dans sa vie. Plus épanouie, elle considère que posséder moins de choses et consommer moins de manière générale simplifie la vie, fait gagner du temps et permet de mieux profiter des expériences de la vie.

L’association ZeroWaste Switzerland a eu le plaisir de rencontrer Béa pour une entrevue.

Bonjour Béa,

Pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore, pourriez-vous vous présenter et nous expliquer brièvement pourquoi votre présence ici?

Je suis Béa Johnson, je suis l’auteure du blog et du livre Zero Waste Home et depuis 2008, ma famille de 4 personnes ne produit qu’un litre de déchet par année. Cette année, j’ai pu bien bourrer mon bocal et j’ai réussi à faire rentrer nos déchets annuels dans un bocal de 500ml ! Mais il faudra éviter de l’ouvrir sinon, ça explose ! J’ai poussé dur mais au total, les déchets font 183g !

Pour arriver à un bocal de déchets par an, on a tout simplement appliqué les 5 règles suivantes :

On refuse ce dont on a pas besoin, on réduit ce dont on a besoin, on réutilise en remplaçant tout ce qui est jetable par une alternative réutilisable et en achetant d’occasion, ensuite on recycle ce qu’on ne peut pas refuser, réduire et réutiliser et enfin on composte le reste !

Donc lorsqu’on applique ces règles dans l’ordre et c’est très important qu’elles soient respectées dans l’ordre, alors on arrive à éliminer presque totalement ses déchets.

Merci, vous venez donc aujourd’hui à Pully dans le cadre d’une conférence pour sensibiliser la population à votre démarche et expliquer votre mode de vie. Pourriez-vous nous parler de votre application Bulk ?

En 2011 j’ai remporté le grand prix Géant Vert pour investir dans une application qui bénéficie à la communauté. A ce moment là, je donnais déjà des conférences à travers le monde et partout où j’allais, les gens s’exclamaient de ne pas avoir de magasin proposant du vrac autour de chez eux. Je leur ai donc répondu que le vrac existe partout mais qu’il suffit de le voir. Et d’ailleurs, personnellement quand je rentre dans un magasin je ne vois plus ce qui est emballé mais je ne vois que ce qui m’est disponible sans emballage.

Mais j’ai tout de même trouvé important de développer une application pour que les gens puissent trouver les emplacements de vrac plus facilement près de leur emplacement.

Cette application a couté très cher pour être fondées mais je ne m’étais pas rendue compte du coût que cela allait engendrer pour être mise à jour et actualisée et en plus, il y a en fait deux applications puisque nous les avons développées sur Android et Apple. Malheureusement aujourd’hui l’application est trop vieille et a besoin d’être actualisée au risque de perdre des emplacements. Aujourd’hui on décompte 10’000 utilisateurs qui ont rentré 3’000 emplacements, il y en a même jusqu’en Egypte !

Après avoir mis 5’000$ de notre poche, l’idée de demander de l’aide à la communauté zéro déchet m’a été soufflé par mon mari. Nous allons donc démarrer une campagne de levée de fonds en janvier 2016 afin de permettre à l’application Bulk de survivre. Ensuite, nous serons aussi dépendant des fonds reçus pour améliorer l’application en lui ajoutant des fonctions et aussi créer un site internet pour que les emplacements soient consultables depuis un ordinateur également.

Déjà 3 semaines que vous êtes en tournée pour donner des présentations à travers l’Europe, comment faites-vous pour rester zéro déchet lors de vos déplacements ?

Je me trimballe toujours un sac en tissu avec lequel je peux acheter des sandwichs, un croissant ou une pâtisserie. J’ai aussi toujours un thermos pour mes boissons froides ou chaudes.

J’estime aussi que diner c’est voter, tout comme acheter c’est voter. Si on mange dans des fast-food c’est qu’on participe à renforcer la demande de ce type de consommation. A l’inverse, si on va dans un restaurant où il y a de vraies assiettes, de vrais couverts, de vrais verres, dans ce cas-là on renforce cette façon de diner et l’utilisation de matériaux réutilisables.

Lorsque je prends l’avion je mange toujours avant de partir, honnêtement qui apprécie vraiment la nourriture servie lors des vols ? En refusant ces repas, cela crée une demande pour qu’il y ait des options.

Après tout, il existe des régimes, végétariens, sans gluten, etc., alors pourquoi pas l’option de ne pas avoir ce repas ? Donc je choisis toujours de manger avant ! Une fois à destination, je vais soit à l’hôtel et je dîne selon mes principes, soit chez des amis, donc je respecte LEUR mode de vie et je mange ce qu’ils me proposent (et j’en profite même s’il y a un paquet de chips ouvert car je ne peux pas l’acheter en vrac pour chez moi!), soit je loue un appartement et donc je fais mes courses en vrac à l’arrivée si nécessaire en utilisant l’application Bulk.

On peut ressentir de la détresse ou de la frustration lorsqu’on adopte ce mode de vie sans déchet…

Non, la frustration n’est vraiment présente qu’au départ. Il est vrai que quand on commence à changer sa façon de consommer et à faire attention à ses propres déchets, on commence à voir tous ceux des autres ! On voit les sacs en plastique qui sont dans la rue, on voit ceux qui se promènent avec un verre jetable, des bouteilles jetables etc. Cela m’est arrivé aussi, j’ai commencé à juger les autres, et à me dire « mais pourquoi ne font-ils pas tous le même effort que moi ? »

Au fur et à mesure que j’ai adopté ce mode de vie zéro déchet au maximum de mes capacités, j’ai trouvé la paix. Aujourd’hui je ne juge plus les autres, je me dis qu’après tout, il n’y a pas si longtemps, c’était moi qui consommait de cette manière !

Ils n’ont pas encore eu le déclic, mais le déclic se fera un jour ou l’autre pour une raison ou une autre ! Il y a différentes raisons qui peuvent amener au zéro déchet. Aujourd’hui, je me dis simplement que ce que je fais peut inspirer des gens, leur donner des idées, sans les juger.

Quel conseil donneriez-vous à ceux qui se lancent mais qui sont presque en train de craquer face aux difficultés rencontrées au début ?

Ils sont peut-être allés trop vite, dans ce cas il faut viser ce qui pose précisément problème et essayer de trouver des solutions différentes. Par exemple, le bicarbonate sur la brosse à dent, en effet cela demande de s’adapter et passer par des étapes intermédiaires pour l’adopter complètement. Le plus difficile dans le zéro déchet est vraiment de trouver son équilibre et de s’adapter au changement. Une fois cet équilibre trouvé, on ne vit qu’une vie de bonheur absolu, c’est d’ailleurs la conclusion de ma conférence.

Quels ont été les moments les plus difficiles dans votre aventure ?

Le plus dur a été les critiques reçues qui découlaient de mon exposition au grand public. Je reçois beaucoup de critiques de personnes végétaliennes qui m’envoient du courrier dans ma boîte aux lettres et même une personne a dû être escortés hors de l’une de mes conférences. Les critiques sont souvent très méchantes alors que je respecte complètement leur mode de vie alors qu’ils ne respectent pas le mien. Le plus dur est donc vraiment de s’exposer car cela ouvre la porte à toutes les remarques pas forcément toujours très agréables, ni constructives de la part de personnes qui ne comprennent pas le mode de vie zéro déchet et qui sont pleins d’à-priori du type « elle doit habiter en pleine campagne, avoir du poil aux pattes, et passer sa journée à se préoccuper des déchets ou à fabriquer des produits maison car elle ne travaille pas » mais ce n’est absolument pas mon cas !

Votre livre va-t-il être traduit en Allemand ?

Ce serait génial que mon livre soit traduit en Allemand car j’ai remarqué un vrai engouement même du public allemand lors de ma tournée !

Malheureusement, cela ne dépend pas de moi mais des éditeurs qui devront recevoir une demande de la part du public germanophone. Cela s’est fait au Japon, l’un de mes lecteurs a vu sa vie changer en adoptant le mode de vie zéro déchet. Il a déposé une demande auprès d’un éditeur japonais après avoir traduit une partie du livre lui-même et cela a marché !

Pour terminer cette entrevue, quelle est la question la plus bizarre qu’on vous ait posée lors de votre tournée?

(Elle rit) Plus rien ne me surprend aujourd’hui vous savez ! Plus sérieusement, lorsque je donne des conférences dans les écoles auprès de jeunes enfants qui n’ont connus que des produits jetables toute leurs vies, souvent cela donne lieu à des questions rigolotes. Une fois, un enfant m’a demandé comment utiliser les mouchoirs en tissu, il pensait qu’après utilisation je les compostais. Il était effaré quand je lui ai expliqué que je les lavais ! Cela démontre que certains enfants ne connaissent pas d’autres alternatives que le jetable, c’est très dommage.