Le plastique : un enjeu majeur pour l’humanité !

Une consommation en forte croissance

 La production mondiale de plastique, et par conséquent la quantité de déchets qui en découle, continue d’augmenter. Si la production diminue en Europe, elle est en grande partie délocalisée vers les États-Unis, le Moyen-Orient et la Chine afin de répondre à la consommation européenne (AFP 2024). Si cette tendance se poursuit, l’utilisation mondiale de plastique devrait tripler d’ici 2060 (OCDE 2023) !

En raison des volumes considérables produits, du cycle de vie souvent court des objets concernés, de la pollution causée par leur dégradation et de la complexité du recyclage, les plastiques représentent un enjeu environnemental et de santé publique majeur.

Situation en Suisse

La Suisse est le 8e pays générant le plus de déchets plastiques à usage unique au monde par habitant (Fondation Minderoo 2021). En 2017, chaque habitant a utilisé environ 120 kg de tonnes de matières plastiques. Sur les 790 000 tonnes de déchets plastiques produites chaque année, près de la moitié (43%), a eu une durée de vie de moins d’un an. C’est le cas des emballages par exemple (OFEV 2025a).

14’000 tonnes de ces déchets finissent malheureusement dans les eaux et les sols en Suisse (OFEV 2025a). Leur dégradation génère de grandes quantités de microparticules fortement nocives pour l’environnement, les animaux et la santé. En outre, on estime à environ 10 à 20 ans le temps nécessaire pour parvenir à la dégradation complète d’un sac plastique, et pas moins de 450 ans pour une bouteille (IFPEN 2026).

La majeure partie du plastique finit dans nos poubelles. Dans le canton de Vaud par exemple, le plastique constitue près de 20% du poids des sacs poubelles (Etat de Vaud 2026).  Une fois jetées, les matières plastiques représentent des volumes considérables de déchets incinérés, dont la combustion génère des résidus pouvant représenter jusqu’à 20 % du poids du sac et qui doivent ensuite être enfouis. Cela n’est pas spécifique au plastique, mais cela permet de rappeler qu’un déchet ne disparait jamais complètement !

Des substances nocives et invisibles

Le plastique parait inerte au premier abord, mais on sait maintenant qu’il n’en est rien. Plus de 16’000 substances chimiques différentes pourraient être présentes dans les plastiques, dont environ ¼ doivent faire l’objet de règlementations spécifiques en raison de leur dangerosité (Food packaging Forum 2024). Une partie des substances libérées sont les phtalates, des perturbateurs endocriniens qui peuvent notamment affecter la fertilité, stimuler des allergies, le développement, la croissance, la reproduction, le métabolisme, l’immunité et le comportement (OFEV 2024). Leur impact sur la santé est tel que les coûts associés ont été estimés à entre 46 et 288 milliards d’euros par an dans l’UE en 2016 (Institute for Risk Assessment Sciences, 2016).

A ces effets propres à chaque substance s’ajoute un “effet cocktail” : présentes simultanément, ces nombreuses substances chimiques peuvent s’associer et créer des effets combinés, dont les conséquences sur la santé restent encore largement méconnues des chercheurs.

Micro et nanoplastiques

Les plastiques, en se dégradant, libèrent également des particules invisibles à l’œil nu, micro- et nanoplastiques, qu’on se retrouvent partout dans notre environnement : dans l’air, dans les lacs, les rivières et les sols, mais également dans les aliments et l’eau potable (OFEV 2020).  Les microplastiques sont aussi présents dans le corps humain (dans les poumons, le foie, le sang ou encore le cerveau, avec des conséquences potentielles sur la santé cardiovasculaire, la fertilité et le développement du cerveau des enfants dont l’ampleur est encore inconnue.  

Pour en savoir plus : prochaine page thématique sur les microplastiques à venir

Plastique et recyclage

La difficulté du recyclage du plastique réside dans son processus de fabrication et sa diversité. Issu du raffinage du pétrole, le plastique à l’état liquide subit différentes transformations (chauffage, refroidissement, polymérisation) et est souvent associé à divers additifs chimiques, qui permettent d’obtenir transparence, souplesse, robustesse, etc. Il existe donc de très nombreux types de plastiques, composés de dizaines de polymères et d’additifs.

Il est donc plutôt illusoire de prétendre recycler les plastiques comme un ensemble, d’autant que la complexité des solutions rendrait probablement le processus très coûteux, comme l’indique une étude mandatée par l’OFEV et plusieurs cantons (KuRVe, 2017).

Cependant, le plastique ne se recycle pas à l’infini et sa qualité se dégrade. Le PET ne peut être recyclé que 3 à 5 fois afin de fabriquer de nouvelles bouteilles. D’autres plastiques ne peuvent être recyclés que pour fabriquer des plastiques de moins bonne qualité, utilisés par exemple pour produire des bacs à fleurs ou des vestes polaire. Cela s’appelle le downcycling : un procédé par lequel un déchet matériel ou un produit inutile est transformé en un nouveau matériau ou un produit, de qualité ou de valeur moindre.

Le recyclage mobilise également de nombreuses ressources pour la collecte, le transport, le tri et la valorisation des déchets plastiques, consommant ainsi de l’énergie, du carburant et de l’argent.

Ainsi, le recyclage n’est en tous les cas pas une panacée. D’autant plus qu’une part importante du recyclage ne se fait pas en Suisse. Ce sont près de 87’000 tonnes de débris plastique qui ont été envoyées à l’étranger en 2024, majoritairement en Allemagne et en Autriche, mais également en Malaisie ou en Thaïlande (Office Fédéral des douanes). Outre le transport, l’impact environnemental et social des usines de traitement est souvent reporté dans des pays où les coûts et les normes sont moindres (Europe de l’Est,…). La Chine, suivie d’autres pays a d’ailleurs interdit l’exportation de déchets plastiques vers son territoire à début 2018, après avoir reçu 106 millions de déchets en 25 ans (Brooks et al. 2018).

Les solutions

Pour réduire durablement la pollution plastique, il faut agir à la source. Toutes les solutions ne se valent pas : la priorité est d’éviter la production et la consommation de plastique, avant de chercher à le réutiliser ou à le recycler.

Au niveau global, cela passe par :

  • Réduire les emballages et les produits jetables (industrie, grande distribution) : supprimer les emballages inutiles et suremballages et réduire le recours aux produits à usage unique.
  • Favoriser l’allongement du cycle de vie et le réemploi des objets et emballages en plastique.
  • Développer l’utilisation de contenants réutilisables standardisés ainsi que l’infrastructure nécessaire pour faciliter leur utilisation par les consommateurs (disponibilité des contenants, facilité de retour…).
  • Développer l’écoconception : Concevoir les produits dès leur origine pour réduire leur impact environnemental, en limitant les matières utilisées et en facilitant leur réutilisation, leur réparation et leur recyclage (construction, mobilier, vêtements, jouets, matériel de loisirs,..).

Des obligations légales peuvent inciter ou contraindre les fabricants à de tels changements (Voir notre page thématique : La gestion des déchets en Suisse : cadre légal et enjeux actuels)

Au niveau individuel :

  • Éviter les produits et emballages en plastique lorsque des alternatives sont disponibles (y compris jouets, chaussures, mobiliers et objets ménagers, ustensiles de cuisine, accessoires mode et décoration).
  • Acheter en vrac (commerce vrac, marché, vente directe) et utiliser un contenant réutilisable.
  • Éviter les produits à usage unique : bouteilles, vaisselle jetable, sachets plastiques.
  • Privilégier les emballages consignés ou réutilisables.
  • Utiliser une gourde, un contenant réutilisable, pour manger/boire à l’extérieur.
  • Privilégier les matériaux de qualité (bois, métal…) qui durent plus longtemps, peuvent se réparer ou être revendus/donnés/réutilisés.
  • Privilégier les textiles en matière organiques, non issus du pétrole.
  • Consommer moins et mieux!

Pour aller plus loin

Découvrez les résultats de l’enquête sur le plastique en Suisse à laquelle a participé ZeroWaste Switzerland :

Greenpeace Suisse, Fondation Gallifrey & Earth Action for Impact. (2025). The Big Plastic Count – Résultats de l’enquête participative sur les plastiques ménagers en Suisse. https://www.greenpeace.ch/static/planet4-switzerland-stateless/2025/05/74ed68b2-thebigplasticcount_resultats.pdf

Atlas du plastique, La Heinrich-Böll-Stiftung, La Fabrique Écologique et Break Free From Plastic, 2020

Flore Berlingen. (2021). Recyclage, le grand enfumage. Ed: Rue de l’echiquier.

Gontard Nathalie et Seignier Hélène. (2020). Plastique: le grand emballement. Editions Stock.

Références

AFP. (2024). European plastics industry ‘in trouble’ as market share falls https://phys.org/news/2024-03-european-plastics-industry-falls.html

OCDE. (2023.) Perspectives mondiales des plastiques. https://www.oecd.org/fr/publications/perspectives-mondiales-des-plastiques_c5abcbb1-fr/full-report/component-9.html#chapter-d1e3652-6f2704d3c0

Fondation Minderoo. (2021). The Plastic Waste Makers Index, p. 63. 20211105-plastic-waste-makers-index.pdf

OFEV. (2025a). Les matières plastiques dans l’environnement. https://www.bafu.admin.ch/fr/les-plastiques-dans-lenvironnement

IFPEN. (2026). Tout savoir sur le recyclage du plastique. https://www.ifpenergiesnouvelles.fr/enjeux-et-prospective/decryptages/climat-environnement-et-economie-circulaire/tout-savoir-recyclage-du-plastique

Etat de Vaud. (2026). La première autopsie des ordures ménagères vaudoises livre ses résultats. https://www.vd.ch/actualites/communiques-de-presse-de-letat-de-vaud/detail/communique/la-premiere-autopsie-des-ordures-menageres-vaudoises-livre-ses-resultats

Food Packaging Forum. (2024). PlastChem report synthesizes current science on plastic chemicals. https://foodpackagingforum.org/news/plastchem-report-synthesizes-current-science-on-plastic-chemicals

OFEV. (2024). Perturbateurs endocriniens.  https://www.bag.admin.ch/dam/fr/sd-web/2ED3kySEcqXc/

Institute for Risk Assessment Sciences. (2016). Health cost that may be associated with Endocrine Disrupting Chemicals, https://www.uu.nl/sites/default/files/rijk_et_al_2016_-_report_iras_-_health_cost_associated_with_edcs_3.pdf

OFEV. (2020). Le plastique dans l’environnement Suisse. https://www.newsd.admin.ch/newsd/message/attachments/61314.pdf

United Nations. (2017). ‘Turn the tide on plastic’ urges UN, as microplastics in the seas now outnumber stars in our galaxy. https://news.un.org/en/story/2017/02/552052-turn-tide-plastic-urges-un-microplastics-seas-now-outnumber-stars-our-galaxy

KuRVe. (2017). Analyse économique et écologique de systèmes de collecte et de valorisation des plastiques domestiques en Suisse. https://www.bafu.admin.ch/dam/fr/sd-web/agvedBZ9TCyB/

OFEV. (2025b). FAQ – Matières plastiques dans l’environnement https://www.bafu.admin.ch/fr/faq-matieres-plastiques-dans-lenvironnement

OFSP. (2025). Statistique des déchets : en Suisse, plus de la moitié des déchets urbains sont recyclés. https://www.bag.admin.ch/fr/newnsb/EcpWws7Ra2HcYI1J88uP4

Brooks, A. L., Wang, S., & Jambeck, J. R. (2018). The Chinese import ban and its impact on global plastic waste trade. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6010324/

24 heures. (2025). Des déchets suisses sont expédiés par milliers de tonnes aux antipodes. https://www.24heures.ch/pollution-plastique-des-dechets-suisses-expedies-a-letranger-par-milliers-de-tonnes-655933222348

Plastics Europe. (2026). The Circular Economy for Plastics. A European Analysis. https://plasticseurope.org/wp-content/uploads/2026/05/Circular-Economy-Report-2026-full-report.pdf